Vers une communication politique
plus scientifique

Dans un contexte où la science influence plus que jamais les choix politiques, nos décideurs ont intérêt à reprendre à leur compte les codes de la communication scientifique. La confiance des français est en jeu, et avec elle, la réussite du déconfinement.

Quel est le risque de retourner au travail ? Pourquoi rouvrir les écoles maternelles dès le 11 mai ? Et pas les lycées ? Pourquoi le port du masque est-il obligatoire uniquement dans les transports ? Comment expliquer la réouverture des frontières ? Le doute alimente la peur. Et faute de réponses claires à ces questions essentielles, les français ont peur.

A l’occasion de la sortie du livre SELL YOUR RESEARCH, Alexia Youknovsky propose de revenir aux fondamentaux de la communication scientifique pour parler au grand public.

1/ S’appuyer sur des données

Une des caractéristiques de la science, c’est qu’elle s’appuie sur des données. Ces données peuvent être obtenues par différentes méthodes, par exemple des tests de médicaments sur des patients ou des questionnaires auprès d’un échantillon de population. Le chercheur tire des conclusions sur la base des résultats obtenus.

Depuis le début de la pandémie, la plupart des décisions politiques sont prises sans que le grand public soit en mesure de comprendre ce qui les justifie. Il est donc légitime de douter de leur validité. A la manière des scientifiques, les politiques ont intérêt à s’appuyer sur des données pour expliquer leur raisonnement et les choix qui en découlent.

2/ Faire de la pédagogie

Pour communiquer auprès de leurs paires, les chercheurs s’appuient sur des visuels : histogrammes, schémas, photos ou vidéos scientifiques. Et lorsqu’ils s’adressent au grand public, ils adaptent leur communication. Face à des néophytes, ils produisent des illustrations plus faciles à appréhender, limitent l’emploi du jargon, s’appuient sur des métaphores.

Tous les soirs, les français ont rendez-vous avec le bilan du Covid-19 : décès, admissions en réanimation, nombre de patients hospitalisés. Mais cette accumulation de chiffres n’est pas porteuse de sens. Comment visualiser une tendance sans un graphique ? Comment comprendre des proportions sans un diagramme circulaire, ou camembert ? Il est urgent d’adopter les pratiques de vulgarisation scientifique pour permettre à nos concitoyens de comprendre les informations qu’ils reçoivent.

3/ Admettre que l’on ne sait pas tout

Par définition, en science, on ne sait pas tout. La recherche n’existe que parce qu’elle permet de combler une ignorance. Et ce qui semble vrai aujourd’hui peut ne plus être pertinent demain. C’est le propre du métier de chercheur, qui a l’habitude de s’exprimer en acceptant l’incertitude, sans esquiver.

Face à un virus dont on ignorait tout il y a 4 mois, nos politiques ont intérêt à faire preuve de transparence et d’humilité. Oui, des décisions politiques ont été prises en mars ou en avril en se fondant sur les connaissances du moment. Oui, certaines de ces décisions n’étaient pas les bonnes. Il est préférable de l’assumer plutôt que d’échafauder des justifications à postériori, au risque d’accentuer la rancœur des français.

La communication fait partie intégrante du métier de chercheur. Alors que la défiance des français est à son paroxysme, nos politiques auraient intérêt à s’inspirer des standards de la communication scientifique, qui combine transparence et pédagogie.

SELL YOUR RESEARCH – Public Speaking for Scientists, co-rédigé par Alexia Youknovsky et James Bowers, vient d’être édité par Springer (Springer Nature Group). Ce livre décrit comment préparer une présentation scientifique claire et convaincante. Selon le Dr. Laura Helmuth, rédacteur en chef de Scientific American : « La prise de parole en public est une des tâches les plus intimidantes, mais les plus cruciales dans la carrière d’un scientifique. Ce livre fournit un guide pour améliorer vos présentations pas à pas ». Pour le Dr. Stephen Webster, directeur du département de Communication Scientifique à Imperial College London, « Ce livre est une mine d’or de conseils utiles », à la fois « très bien documenté et parfaitement écrit ».

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2020-05-06T18:44:25+00:00

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