Les 6C
de la vulgarisation scientifique

C’est bien connu, un communicant doit s’adapter à son public. Et quand celui-ci n’a pas le même niveau de connaissances que lui, il doit faire de la vulgarisation scientifique. Selon le célèbre généticien français Albert Jacquard : C’est un défaut français de dire « Personne ne me comprend, donc je suis plus intelligent que les autres. » Je crois qu’au contraire il faut dire : « Si personne ne me comprend, c’est que je me suis mal exprimé. » Pour mieux vous exprimer, voici des ingrédients incontournables : les 6C de la vulgarisation scientifique.

Vulgariser, c’est rendre simples des notions complexes. C’est un exercice difficile, parce qu’il demande de prendre du recul par rapport à sa discipline. Et parce qu’évaluer le niveau de connaissances de son public n’est pas aisé. Les anglophones parlent du « curse of knowledge », que l’on peut traduire, en français, par la malédiction du savoir. Le principe est le suivant : une personne connaissant bien un sujet rencontre de grandes difficultés à se mettre à la place d’un néophyte. Pour résumer, un orateur ou un rédacteur pense que son auditoire est familier du sujet qu’il évoque… alors qu’il ne l’est pas. Il surestime sa capacité à le comprendre. Aussi, jusqu’où aller dans la simplification ?

Au travers de nos expériences de formation à la vulgarisation scientifique, nous avons appris la chose suivante : rares sont les communicants qui vulgarisent trop. En général, ils ne réalisent pas à quel point leur sujet d’expertise est loin de leur public. A l’oral, le résultat pourra se lire sur les yeux égarés – voire endormis – de leur auditoire. A l’écrit, les rapports et autres notes trop techniques finiront dans une corbeille à papier.

Puisque chacun d’entre nous écrit pour être lu et parle pour être écouté, notre équipe a regroupé des techniques qui ont fait leur preuve sous une bannière, « les 6C de la vulgarisation scientifique » : Clarté, Connexion, Contexte, Concret, Couleur et Conversation. Suivez le guide !

1. Miser sur la clarté

Quand on s’adresse à un public qui n’en connaît pas autant que nous sur un sujet particulier, il est important d’être vigilant avec les mots de jargon. C’est-à-dire des mots très courants entre experts d’un même domaine, mais inconnus ou mal compris par des non-spécialistes.

Pour rendre ces mots intelligibles, nous vous conseillons d’utiliser la technique de l’entonnoir. Aller du plus simple, vers le plus compliqué, du plus généraliste vers le plus spécialisé. Par exemple, pour définir le basalte, le volcanologue Jacques-Marie Bardintzeff suggère de procéder par étapes. Débutez par ce qui est générique et facile à comprendre : « C’est une roche volcanique noire ». Puis, allez progressivement vers des explications plus complexes, sur la façon dont se forme le basalte ou sa composition. Imaginez que vous vous adressez à une personne qui n’a pas la même langue maternelle que vous. Favorisez les mots et les phrases simples, et les explications faciles à comprendre.

Par ailleurs, soyez vigilant avec les acronymes. Si vous pouvez vous en passer, n’hésitez pas à les remplacer par des mots du langage courant, que votre public peut facilement comprendre. Sinon, définissez-les. Pour éviter toute confusion, expliquez la signification de chacune des lettres qui composent un sigle. En effet, de nombreux acronymes peuvent avoir des significations différentes en fonction du domaine dans lequel ils sont employés. Par exemple, le test virologique PCR est la contraction de « Polymerase Chain Reaction » en anglais. Mais cet acronyme peut également désigner la salle de commande dans une usine (Plant Control Room) ou un rapport de suivi dans le domaine du management (Performance and Cost Report).

Enfin, lorsque l’on veut être clair, on est souvent tenté de faire des listes de plusieurs points pour structurer notre discours. Or, un auditoire peut se souvenir d’une liste de deux, trois ou quatre points mais pas au-delà. Lorsque vous avez de nombreux points à développer, découpez donc votre discours en trois ou quatre parties qui comprendront des sous-parties. Cette structuration sera plus claire pour votre auditoire qui arrivera mieux à mémoriser les points importants qui lui seront présentés.

2. Créer une connexion avec le public

Nos émotions jouent une part très importante dans nos décisions, nos réactions. Il est intéressant de les utiliser en communication pour créer une connexion avec votre public. Vous pouvez par exemple essayer de le surprendre, le faire rire, l’épater, voire même lui faire peur. Quand vous souhaitez qu’une décision soit prise dans un domaine lié à la santé ou à la sécurité, la peur constitue un ressort de choix. Par exemple, vous pouvez communiquer sur les conséquences d’un potentiel accident, en cas de non-respect de la réglementation. Dans un registre plus gai, amuser votre public est toujours un excellent moyen de créer de la connivence.

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Pour créer du lien, vous pouvez aussi partager vos propres émotions. Racontez ce qui vous motive dans votre travail, ou ce qui vous fait plaisir. Car l’enthousiasme, c’est communicatif. Et puis, n’hésitez pas à partager des anecdotes personnelles. Par exemple, racontez des difficultés que vous avez rencontrées ou des réussites dont vous êtes fier, des moments forts que vous avez vécus. Toutes ces histoires vous humanisent et éveillent l’intérêt de votre public. Attention cependant à ne pas faire tourner tout votre exposé autour de vous ! Pour reprendre Sénèque, « En tout, l’excès est un vice. »

3.  Replacer votre travail dans son contexte

Votre travail s’intègre à un contexte qu’il convient d’éclaircir : enjeux scientifiques, sociaux, économiques, voire culturels. Prenons un exemple dans le domaine médical. Un chercheur a réalisé une prothèse avec capteurs électroniques intégrés. Son innovation permet au patient de recueillir lui-même, depuis son domicile, des données sur l’état de la prothèse. Pour que l’on puisse mieux comprendre la portée de son innovation, le chercheur aura intérêt à nous indiquer combien de patients peuvent être concernés chaque année ou quelles économies ce dispositif pourra permettre de réaliser sur le budget de la Sécurité Sociale.

De plus, votre auditoire ne se rend pas toujours compte de la proximité entre ses problématiques et votre travail de scientifique. Aussi, expliquez-lui quelles applications il pourra avoir dans son quotidien, demain ou dans 10 ans. Imaginons que vous ayez à faire un discours de vulgarisation scientifique sur la sauvegarde de données devant un public de dirigeants d’entreprises. Vous pourriez commencer votre intervention en leur demandant : « Qui parmi vous a vu son entreprise impactée par l’incendie d’un data center d’OVH en mars 2021 ? ». Sachant que plus de 3.5 millions de sites Internet ont été affectés, laissez-leur le temps de lever la main, puis enchaînez : « Parmi ceux touchés par cet incendie, qui avait sauvegardé ses données autre part que sur les serveurs d’OVH ? » Deuxième temps de silence pour les laisser s’exprimer. Votre pari est gagné : ils se sentent désormais concernés par votre sujet. Ils sont prêts à vous écouter avec attention.

4.  Être concret

Quand vous vulgarisez, il est important que votre public comprenne bien ce que vous lui expliquez. Il faut donc au maximum éviter d’être abstrait. Pour rester concret, apportez des échantillons, des maquettes ou réalisez des démonstrations. Les échantillons à faire passer dans le public sont utiles si votre auditoire n’est pas trop important. Si vous parlez devant plusieurs dizaines de personnes, il faut éviter d’utiliser ce genre d’outils : quand l’échantillon arrive au 5ème ou au 6ème rang dans la salle, vous êtes déjà en train de parler d’un autre aspect du sujet. Vous pouvez également faire appel aux 5 sens de votre public, en lui donnant à voir, entendre, goûter, sentir ou toucher des objets. Il se souviendra d’autant mieux de vos explications.

Une autre façon d’être concret consiste à illustrer vos propos avec des exemples : « Les matériaux composites permettent d’accroître les performances des sportifs. Les skieurs par exemple, voient ainsi leur vitesse de glisse augmenter de 4% chaque année. »

Aussi, lorsque vous évoquez des chiffres, il est intéressant de les rapprocher de notions qui parlent à votre auditoire. C’est un grand classique en vulgarisation scientifique de comparer de grands volumes à des piscines olympiques. De même, les petits objets sont souvent rapportés au diamètre d’un cheveu. Par exemple : « 6 fois la vitesse de la lumière » est plus facile à comprendre « 1798754748 m/s ». Ou bien : « La nanotechnologie se définit selon l’échelle spatiale, c’est-à-dire le nanomètre ou milliardième de mètre. C’est très petit. Une feuille de papier fait 100 000 nanomètres d’épaisseur. »

N’hésitez pas à créer des comparaisons originales ou personnalisées. Vous savez que les arbres absorbent du CO2 présent dans l’atmosphère grâce à la photosynthèse. Pour faire comprendre l’importance de ce phénomène, voici un exemple de comparaison utilisé par l’Office National des Forêts : un arbre de 5 m3 peut absorber 5 tonnes de CO2, soit l’équivalent de 5 vols aller-retour Paris-New-York. Grâce à ces comparaisons, votre public peut mieux intégrer les ordres de grandeur qui sont en jeu.

5. Mettre de la couleur à vos propos

Pour vulgariser, il est précieux de s’appuyer sur des images, au sens propre comme au sens figuré. Au sens propre, les images ne se limitent pas à des photos. Il existe de nombreux moyens de montrer ce sur quoi vous travaillez : graphiques, vidéos, schémas…

Afin d’être compris au premier coup d’œil, les graphiques ont besoin d’être simplifiés. Un graphique en barres, par exemple, ne comportera que 5 à 6 données maximum. Pour les photographies et vidéos, pensez, tout au long de vos travaux, à prendre des clichés de bonne qualité (définition, éclairage) ou filmer les étapes importantes. Les schémas, quant à eux, sont à privilégier pour montrer ce qui n’est pas visible à l’œil nu, parce que trop petit, trop grand ou trop difficile d’accès : le centre de la terre ou l’épiderme, par exemple.

Au sens figuré, s’appuyer sur des images c’est utiliser des analogies, métaphores, formules qui permettent à votre auditoire de visualiser dans son esprit ce que vous dites, et donc de colorer vos propos. L’analogie c’est la similitude, la ressemblance, entre deux ou plusieurs objets de pensée différents. Elle vous permet de rapprocher un terme simple d’un terme plus complexe pour faciliter sa compréhension. C’est le cas par exemple de cette citation de Otto Frisch : « Si un atome était agrandi jusqu’à la taille d’un bus, le noyau serait comme le point sur ce i. » La métaphore, quant à elle, consiste en l’emploi d’un terme concret pour exprimer une notion abstraite, sans qu’il y ait d’élément introduisant formellement une comparaison. Par exemple : « L’espace est un laboratoire irremplaçable pour l’étude des phénomènes extrêmes ». Enfin, la formule est une expression concise résumant de façon attrayante un ensemble de significations. « La religion catholique se fait remplacer par la religion cathodique ».

6. Faire la conversation

Bien qu’il ne soit pas spécialiste, le public adore participer, donner son avis. D’où l’intérêt d’engager la conversation, de prendre le temps pour des séances de questions réponses. Lors d’une présentation ou d’un atelier avec un groupe réduit de personnes, vous pouvez donner la parole à chacun d’entre eux. Face à un public plus large, ou lorsque vous êtes en visio, pensez à utiliser des applications de sondage. Vous aurez ainsi la possibilité de recueillir l’avis de tous, en un minimum de temps.

D’ailleurs, en favorisant ce type d’échanges, vous vous rendrez compte que vous avez beaucoup à apprendre de votre public, de ses questions, de ses réactions. Car la pratique de la vulgarisation scientifique est source d’enrichissement pour celui qui écoute, autant que pour celui qui parle ! Penser ses travaux de recherche autrement, les décortiquer pour mieux les expliquer permet de prendre du recul. Et fort de ce nouveau regard, vous serez peut-être à même d’explorer des voies inattendues…

Maintenant, c’est à vous de jouer ! Clarté, Connexion, Contexte, Concret, Couleur et Conversation… Emparez-vous des 6C de la vulgarisation scientifique et appliquez-les à votre sujet d’expertise. Ils vous apporteront de nouvelles idées pour mieux vous faire comprendre, quel que soit votre public.

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2021-04-27T12:29:23+02:00

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