Communication scientifique,
mode d’emploi

Comment, en tant que scientifique, valoriser vos activités sans renoncer à votre éthique ? Comment « vendre » la science ? Du fait de leur culture universitaire, la plupart des scientifiques grincent des dents lorsqu’ils entendent le mot « vendre ». Leur travail devrait suffire à convaincre ! Cependant, si l’on y regarde de plus près, un bon vendeur doit pouvoir écouter, argumenter et faire évoluer les mentalités. Communiquer efficacement sur votre travail est un service à rendre au grand public, à vos pairs, comme à vous-même. Dans cet article, découvrez le top 10 des conseils de communication scientifique à garder à l’esprit lorsque vous vous lancez.

Science Magazine a récemment organisé un webinaire d’une heure consacré à la communication scientifique. Cette table ronde, filmée à Washington, était animée par Sean Sanders, Directeur et Rédacteur en chef des services d’édition sur-mesure de Science. Agent Majeur faisait partie du panel d’experts invités à discuter des moyens de mieux communiquer auprès de vos pairs, comme du grand public. Voici 10 astuces de communication scientifique extraites de cet échange.

1. Comprendre votre public

Les scientifiques sont habitués à recueillir des données et élaborer des explications détaillées pour étayer leur point de vue. Mais votre public peut être davantage intéressé par certains aspects de votre projet, plutôt que d’autres. Comme Matthew S. Savoca, post-doctorant à l’Université de Stanford, le rappelle : en communication scientifique, il faut adapter « ce que l’on dit » et « la façon dont on le dit » à son auditoire.

Quand vous préparez une communication, pensez à votre auditoire et mettez-vous à leur place. Le grand public est intéressé par la manière dont vos travaux vont affecter leur vie et la société à court, moyen ou long terme. Les financeurs veulent des détails sur leur retour sur investissement. Vos pairs, eux, voudront en savoir plus sur votre méthodologie, vos découvertes et d’éventuelles collaborations. Quant aux industriels, ils seront intéressés par les technologies qui peuvent aboutir à des produits ou des services susceptibles de devenir des succès commerciaux. Faites en sorte de bien comprendre votre public et adaptez votre communication en conséquence.

2. Élaborer votre message

En communication scientifique, les sujets à traiter sont souvent complexes. Comme votre auditoire ne pourra pas retenir tout ce que vous avez à dire, il vous revient de choisir ce dont vous voulez qu’il se souvienne. Ce sera votre message.

Pour l’élaborer, Alexia Youknovsky, fondatrice de l’agence de communication scientifique Agent Majeur, recommande de cerner les attentes de votre auditoire. « Prenez aussi en compte vos propres objectifs pour cette communication et les spécificités de votre projet de recherche. En combinant toutes ces informations, vous pouvez définir le message que vous voulez faire passer. »

3. Créer un lien avec le public

Selon Laura Lindenfeld, directrice du Alan Alda Center for Communicating Science, vous devez vous demander : « Qui est la personne à qui je parle ? Pourquoi devrait-elle se soucier de mon travail ? » Une communication efficace ne s’appuie pas uniquement sur des faits et des chiffres, mais doit intégrer une part d’empathie.

« Nous partons généralement du principe que les humains sont des êtres pensants, qui en plus ressentent des émotions. Mais nous sommes des êtres d’émotion qui pensent aussi » ajoute-t-elle. Pour créer un lien avec votre public, même lorsque vous vous adressez à vos pairs, apportez de l’émotion. Par exemple, essayez de les faire rire, ou de les surprendre.

4. Raconter une histoire

Vous pouvez aussi choisir de communiquer par le biais d’une histoire. Le « storytelling », comme on l’appelle, est une manière spécifique de générer de l’émotion. Car les histoires ne sont pas réservées aux enfants, le soir avant de s’endormir. Pour s’en convaincre, il suffit de considérer le temps que les adultes passent à lire des romans ou à voir des films. Raconter des histoires sur vos travaux est une manière très efficace de faire passer votre message. Il pourra plus facilement être mémorisé qu’en s’appuyant exclusivement sur des explications techniques.

« Le storytelling humanise les scientifiques », selon Laura Helmuth, rédacteur en chef Santé, Science et Environnement au Washington Post. La plupart des projets de recherche peuvent être expliqués par des supports visuels, des analogies et des métaphores. Vous pouvez aussi choisir de partager une anecdote personnelle ou professionnelle. Essayez de trouver des histoires qui conviennent à votre sujet.

5. S’adresser à des journalistes

Avoir accès à un large public, au-delà de son propre réseau, peut sembler difficile. Les journalistes peuvent vous aider à y parvenir. Avant de rencontrer un journaliste, préparez-vous bien. Essayez de comprendre pourquoi il vous a contacté, et quels aspects de vos travaux l’intéresse. Cela vous permettra d’établir une liste de questions qu’il pourrait vous poser et de préparer des réponses qui vont droit au but.

Comme le suggère Laura Helmuth, toute information « sera distillée avant d’être publiée ». Vous devez essayer de faire ce travail vous-même, plutôt que de le laisser au journaliste. Autre chose : lorsque vous êtes contacté par des journalistes, pensez à répondre rapidement et, si possible, soyez généreux avec votre temps. « C’est un service à rendre à votre domaine d’expertise, à votre propre recherche et à votre auditoire ».

6. Rendre votre science compréhensible

Un orateur ou un rédacteur scientifique surestime généralement la familiarité de son public avec le sujet traité. Par conséquent, il évalue mal sa capacité de compréhension. On nomme ce phénomène le « curse of knowledge » (la malédiction de la connaissance). Le concept est simple : une personne maîtrisant un sujet aura du mal à l’expliquer au commun des mortels. Laura Helmuth recommande de partir du principe que « la personne à qui vous vous adressez a un million de choses qui réclament son attention et sa concentration. » Par conséquent, essayez de vulgariser vos propos.

L’usage des mots compliqués peut conduire à une mauvaise interprétation et générer de la confusion. Il convient donc d’éviter le jargon technique. Préférez des phrases et des mots simples : votre public restera davantage attentif à votre raisonnement. Gardez à l’esprit que pour les non-spécialistes, la plupart des concepts que vous allez développer sonnent comme une langue étrangère. « Rappelez-vous des mots dont vous ignoriez tout, et souvenez-vous de votre confusion d’alors. » Puis demandez-vous : « Comment puis-je dire la même chose différemment ? »

7. Gérer les sujets polémiques

Lorsque vous communiquez sur un sujet polémique, il peut arriver que votre auditoire ait des idées préconçues ou qu’il ait déjà eu accès à des hypothèses élaborées par d’autres. Dans ce cas, essayez de les toucher autrement qu’en égrainant une liste de faits.

Il est important de ne pas partir du principe que votre auditoire vous est « hostile ». Essayez plutôt de vous rappeler qu’il est plus facile d’écouter et de faire confiance à un orateur qui ne vous prend pas de haut. C’est en respectant l’opinion de votre public et en acceptant d’aborder leurs questions que vous pourrez parvenir à un échange constructif. Dans ces conditions, la polémique devient positive et peut même vous aider à réfléchir sur vos travaux.

8. Accepter l’incertitude

La science est un processus de collecte de données et de construction de preuves. Ce qui est vrai aujourd’hui peut ne plus être pertinent demain. Le doute est inhérent à la science et à la recherche. D’ailleurs, du point de vue du scientifique, « le doute est ce qu’il y a de plus passionnant » (Matthew S. Savoca). Souvenez-vous qu’un chercheur doit s’exprimer avec sincérité et précision. Par conséquent, « accepter l’incertitude » et ne pas « esquiver » sont des gages de transparence et de respect envers votre public.

En tant que scientifique, vous devriez aussi mettre en avant les résultats dont vous êtes sûr. Les mots que vous utilisez, les phrases que vous construisez, doivent traduire votre assurance. Si vous faites une présentation orale, faites aussi attention à votre communication non-verbale. Il s’agit de votre posture et de votre voix – ce que votre public voit et ce qu’il entend.

9. Mixer les canaux de communication

Les articles, les conférences, la presse peuvent être considérés comme des outils de communication scientifique traditionnels. Cependant, au cours des dix dernières années, d’autres outils, tels que les réseaux sociaux, les blogs, ou les vidéos se sont développés et sont devenus des médias importants.

Ils constituent un bon moyen de toucher le grand public, mais pas seulement. Ils vous donnent aussi l’opportunité d’échanger avec d’autres chercheurs et de créer une communauté. Pour communiquer, les scientifiques ont intérêt à combiner les média traditionnels et émergents, afin d’élargir leur audience.

10. Apprendre à communiquer

La communication scientifique est une compétence qui s’apprend. Pour ce faire, il est utile de « lire beaucoup, noter quelles sortes d’articles vous intéressent, quels types de citations donnent de l’ampleur à une histoire ou vous aident à mieux comprendre le travail de quelqu’un d’autre » (Laura Helmuth).

Vous pouvez aussi assister à une formation à la communication scientifique, comme celles proposées par Agent Majeur. Il existe des programmes dédiés à la prise de parole en public : par exemple, comment s’exprimer lors d’une conférence ou présenter votre projet en trois minutes. Vous pouvez aussi améliorer votre communication écrite : rédiger un article scientifique, une thèse ou utiliser les médias sociaux.

La communication scientifique suscite de l’intérêt, aide à faire évoluer les mentalités et donne de la visibilité à votre institut. De plus, les activités de vulgarisation et de médiation scientifique sont utiles à la société et à votre travail. Alors oui, la science peut se « vendre », mais ce mot a une connotation plus positive que vous ne l’imaginiez peut-être.

Vous pouvez voir l’intégralité du webinaire, sponsorisé par la Fondation IPSEN, sur le site web de Science magazine.

Nous avons sélectionné pour vous des moments clés de ce séminaire en ligne. Pour regarder ces courtes vidéos dédiées à la communication scientifique, rendez-vous sur notre chaîne YouTube.

Pour recevoir les nouveaux articles publiés sur ce blog, vous pouvez vous abonner à notre mailing-list et nous suivre sur les réseaux sociaux : Twitter, Facebook et LinkedIn.

> Communication scientifique

Sur le même thème

2019-07-05T12:22:43+00:00

About the Author: