Vulgarisation scientifique : le guide d’Agent Majeur
Rendre la science accessible à tous : voilà le défi de la vulgarisation scientifique. À l’heure où les fake news se multiplient et empêchent des débats éclairés, savoir expliquer la science est devenu crucial. Pourtant, rares sont les chercheurs formés à cet exercice délicat qu’est la vulgarisation scientifique. Comment rendre simples des notions complexes sans les dénaturer ? Comment toucher le grand public, les jeunes, les décideurs ? Ce guide vous donne les clés pour comprendre les enjeux et les techniques de la vulgarisation scientifique afin de promouvoir efficacement vos travaux.
Au sommaire
- Qu’est-ce que la vulgarisation scientifique ?
- Pourquoi faire de la vulgarisation scientifique ?
- Quelles techniques de vulgarisation scientifique pour mieux communiquer ?
- Comment vulgariser selon les publics.
- Se former à la vulgarisation scientifique.
- Conclusion : devenez un vulgarisateur incontournable.
Qu’est-ce que la vulgarisation scientifique ?
Définition
La vulgarisation scientifique consiste à rendre accessibles des connaissances techniques et scientifiques à un public non-expert. Vulgariser, c’est expliquer simplement des notions complexes, sans tomber dans l’excès de simplification qui pourrait dénaturer son propos.
La vulgarisation est un exercice difficile. Elle demande de prendre du recul par rapport à ses travaux et d’évaluer le niveau de connaissances de son public pour adapter son discours. En vulgarisation scientifique, les anglophones parlent du « curse of knowledge », que l’on peut traduire, en français, par la malédiction de la connaissance. Le principe est le suivant : une personne connaissant bien un sujet rencontre de grandes difficultés à se mettre à la place d’un néophyte. Pour résumer, un orateur ou un rédacteur pense que son auditoire est familier du sujet qu’il évoque… alors qu’il ne l’est pas. Il surestime sa capacité à le comprendre.
Vulgarisation, médiation ou communication scientifique ?
Vous avez sans doute entendu parler de ces trois termes : « communication scientifique », « vulgarisation scientifique » et « médiation scientifique ». Mais peut-être ignorez-vous ce qui les distingue ? Rassurez-vous, vous n’êtes pas seul. Les experts du domaine ne sont d’ailleurs pas tous d’accord sur le périmètre et les particularités de chacune de ces activités.
La communication scientifique désigne l’ensemble des actions visant à transmettre des connaissances scientifiques, qu’il s’agisse de pairs ou du grand public. Elle se focalise sur la cible et prend en compte ses particularités et ses attentes.
La médiation scientifique va plus loin en favorisant l’échange et la participation du public. Elle revêt une dimension « implicative » : les interactions avec le public sont susceptibles d’influencer le cours même des activités de recherche.
La vulgarisation scientifique se définit davantage comme « explicative ». Un sachant transmet son savoir à un non-sachant. Les interactions avec le public sont possibles (notamment lors de séances de questions-réponses), mais elles restent plus limitées que dans la médiation.
Chez Agent Majeur, nous adoptons une vision plus large de la vulgarisation, qui englobe une partie des activités de communication scientifique et de médiation. Selon Alexia Youknovsky, CEO et fondatrice d’Agent Majeur :
La vulgarisation est un type particulier de communication qui se pratique quand celui qui s’exprime en sait plus que son public sur le sujet évoqué et doit trouver le moyen de se faire comprendre.
Pour aller plus loin sur ces trois concepts et leurs nuances, consultez notre interview de Richard-Emmanuel Eastes et Marie-Noëlle Schurmans : Médiation et vulgarisation
Pourquoi faire de la vulgarisation scientifique ?
Vous vous demandez peut-être pourquoi investir du temps dans la vulgarisation alors que vos journées sont déjà bien remplies ? Voici plusieurs bonnes raisons de vous y mettre.
Valoriser votre travail et développer vos compétences
La vulgarisation constitue un investissement sur votre carrière et votre épanouissement professionnel.
Gagner en visibilité. Communiquer sur vos travaux vous fait connaître au-delà de votre cercle d’experts. Journalistes, décideurs, partenaires industriels, futurs collaborateurs… tous peuvent découvrir votre expertise. Cette reconnaissance peut vous ouvrir des portes au moment où vous en aurez besoin.
Développer des compétences transversales. Vulgariser, c’est apprendre à synthétiser, structurer sa pensée, créer des visuels accessibles, captiver une audience. Ces compétences sont précieuses pour vos prises de parole en public, vos demandes de financement, vos actions d’enseignement. D’ailleurs, de nombreux organismes de financement encouragent ou exigent désormais un volet communication dans les projets qu’ils financent.
Prendre du recul sur vos recherches. Décortiquer ses travaux pour mieux les expliquer permet de prendre du recul. De même, échanger avec des publics divers, écouter leurs questions et leurs remarques vous fait faire un pas de côté. Fort de ce nouveau regard, vous êtes dans de bonnes dispositions pour explorer des voies inattendues.
Renforcer la confiance envers la science
La science a besoin de porte-parole. Dans un contexte où des néophytes s’auto-proclament experts et où la défiance envers les véritables scientifiques grandit, les chercheurs ont un rôle crucial à jouer.
Restaurer la confiance. Montrer comment la recherche avance, partager ses doutes et ses incertitudes, tout cela contribue à créer un lien de confiance avec le public. La science n’est pas une boîte noire réservée aux initiés, c’est un processus collectif qui mérite d’être partagé.
Combattre la désinformation. Face aux discours complotistes et aux pseudo-sciences, les vulgarisateurs scientifiques constituent un rempart. En expliquant la démarche scientifique (comment on formule une hypothèse, comment on la teste, comment on publie et on soumet ses résultats à la critique des pairs), vous donnez au public des outils pour distinguer une information fiable d’une croyance infondée.
Susciter des vocations. Connaissez-vous le dispositif des Apprentis Chercheurs ? Il vise à accueillir des collégiens et lycéens dans des laboratoires pour réaliser un projet de recherche sur une année scolaire. Les jeunes ont ainsi la possibilité de développer leur intérêt pour les sciences tout en découvrant la démarche scientifique, encadrés par des professionnels de la recherche. Vulgariser ainsi auprès des jeunes est un excellent moyen d’éveiller la curiosité d’un futur chercheur.
Répondre aux enjeux sociétaux
La vulgarisation ne profite pas qu’aux scientifiques et à la science. Elle sert l’intérêt général.
Éclairer le débat citoyen. OGM, intelligence artificielle, transition énergétique, bioéthique… De nombreux enjeux sociétaux nécessitent des arbitrages politiques. Comment les citoyens peuvent-ils participer au débat s’ils ne comprennent pas les enjeux scientifiques ? La vulgarisation leur donne les clés pour se forger une opinion éclairée. Au-delà de l’information, il s’agit de créer une culture scientifique partagée où chacun peut se sentir concerné par les découvertes et les innovations.
Rendre des comptes à la société. En tant que chercheur du secteur public, vous êtes financé par l’impôt. Selon Arnaud Mercier, Professeur en Information-Communication, vulgariser vos travaux permet de « rendre au public ce que le financement public permet de faire ».
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Quelles techniques de vulgarisation scientifique pour mieux communiquer ?
Vulgariser ses travaux présente donc de nombreux bénéfices. Mais comment procéder ? Pour vous y aider, Agent Majeur a regroupé un ensemble de techniques pour vulgariser efficacement : les 6C de la vulgarisation scientifique.
- La Clarté consiste à simplifier le vocabulaire et structurer son discours.
- La Connexion invite à mobiliser les émotions pour créer du lien avec le public.
- Le Contexte permet de replacer ses travaux dans leur cadre scientifique, social ou économique.
- Le Concret encourage l’usage d’exemples, de comparaisons et de supports tangibles.
- La Couleur enrichit le propos grâce aux visuels, analogies et métaphores.
- La Conversation valorise l’échange pour engager activement l’auditoire.
Ces six principes constituent votre boîte à outils de vulgarisateur. Nul besoin de tous les mobiliser à chaque fois : selon votre objectif, votre public et votre format, certains seront plus pertinents que d’autres. L’essentiel est de les connaître pour pouvoir s’en inspirer au moment opportun. Pour paraphraser le généticien Albert Jacquard, si personne ne vous comprend, ce n’est pas que votre sujet est trop complexe, c’est que vous ne l’avez pas exprimé de la bonne manière. Les 6C vous donnent les clés pour y parvenir.
Explorer en détail les 6C de la vulgarisation scientifique dans notre article dédié.
Comment vulgariser selon les publics
Avant de vous lancer dans une action de vulgarisation, posez-vous deux questions essentielles : quel est mon objectif et quel est mon public ? Votre approche et vos choix de formats en découleront.
Identifier votre objectif de vulgarisation
Informer et sensibiliser. Vous souhaitez partager vos découvertes, expliquer un phénomène ou alerter sur un enjeu. C’est l’objectif le plus courant. Il peut s’agir de présenter les résultats d’une étude, d’éclairer une controverse, de décrypter une actualité scientifique.
Recruter. Si vous cherchez à attirer de futurs doctorants, des collaborateurs, des étudiants dans votre domaine, votre objectif sera de montrer l’attractivité de votre discipline et les opportunités qu’elle offre.
Obtenir des financements. Convaincre des financeurs, qu’ils soient publics ou privés, nécessite de vulgariser pour montrer l’intérêt et l’impact de vos recherches. Il faudra alors mettre l’accent sur les retombées potentielles : nouvelles connaissances, applications concrètes, bénéfices économiques ou sociaux, avantages compétitifs.
Influencer des décisions. Vous travaillez sur un sujet qui a des implications politiques ou réglementaires ? Vous souhaitez peser sur le débat public ? Votre communication devra être claire, factuelle et pédagogique pour permettre aux décideurs de comprendre les enjeux.
Défendre votre domaine de recherche. Face aux critiques, aux coupes budgétaires ou aux idées reçues, vous pouvez utiliser la vulgarisation pour légitimer votre discipline et montrer sa pertinence.
Créer du dialogue. Plus proche de la médiation que de la vulgarisation classique, cet objectif vise à coconstruire des savoirs avec la société civile, à recueillir des points de vue, à enrichir vos réflexions par les apports du public.
Chaque objectif correspond à un public cible. Communiquer avec des lycéens, des journalistes, des financeurs ou des décideurs politiques demande des approches radicalement différentes, car chaque public a ses attentes, son niveau de connaissances et ses motivations propres.
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Vulgariser auprès des journalistes
Vous avez été contacté par un journaliste pour une interview ? Quelle chance ! Ne perdez pas une minute pour répondre à cette sollicitation car la plupart des journalistes travaillent dans l’urgence, afin de boucler leur sujet dans les temps, en particulier lorsqu’ils travaillent pour les médias en continu ou la presse quotidienne. Ils auront alors besoin d’organiser une interview dans l’heure, la journée ou parfois dans les 72 h.
Pour réussir à faire passer votre message auprès des journalistes, partez du principe que vous vous adressez à leurs lecteurs à travers eux. Vous êtes sollicité par un média spécialisé dans votre domaine : répondez comme si vous adressiez à un public averti. Vous faites une interview avec un journaliste de la presse économique, pensez à mettre l’accent sur les retombées de vos travaux.
Lire les conseils de JM Bardintzeff pour bien communiquer avec les médias.
Vulgariser pour les décideurs et financeurs
Vos travaux dépendent directement du bon vouloir de décideurs et financeurs. C’est le type de public que vous voudrez absolument convaincre. Et il a une exigence : le besoin de comprendre rapidement l’intérêt de vos travaux et pourquoi financer votre projet plutôt qu’un autre.
Imaginez que vous ayez conçu un dispositif pour améliorer la détection précoce d’un cancer foudroyant. Pour convaincre un financeur, replacez votre travail dans son contexte économique et social. Combien de personnes sont concernés ? Quelles économies pour le système de santé ? Quels avantages compétitifs pour l’industrie ? Quantifiez autant que possible.
Vulgariser pour le grand public
Le terme « grand public » regroupe une diversité de personnes aux intérêts et profils variés : adultes curieux, étudiants en quête d’orientation, retraités passionnés, parents accompagnant leurs enfants à la Fête de la Science… Cette hétérogénéité impose de viser un niveau accessible à tous et garder à l’esprit que les attentes de chacun peuvent être très variées. Entre autres motivations, on retrouve un souhait de :
- comprendre comment travaillent les scientifiques ;
- se tenir informé des avancées dans un domaine d’intérêt ;
- satisfaire sa curiosité naturelle ;
- anticiper l’impact de la recherche sur la société ;
- découvrir une nouvelle discipline ;
- orienter un choix de carrière.
Pour toucher efficacement ces différents types de public, utilisez les 6C de la vulgarisation : contextualisez vos travaux, apportez du concret avec des exemples parlants, créez des connexions émotionnelles pour montrer en quoi la science les concerne directement.
Vulgariser auprès des jeunes
Contrairement aux idées reçues, les jeunes ne sont pas des « zappeurs » incapables de se concentrer. Julien Bobroff, physicien à l’Université Paris-Saclay et célèbre vulgarisateur sur TikTok et YouTube, nous a confié : « Comme n’importe quel autre public, c’est un public novice mais qui peut s’intéresser à tout. »
Les jeunes attendent de l’authenticité, de la surprise, de l’interaction. Ils détectent immédiatement la communication artificielle et rejettent le ton professoral. Ce public est très sensible à la forme : diapositives surchargées ou visuels datés les perdront rapidement. Pour les captiver, misez sur des expériences visuellement surprenantes, posez des questions plutôt que d’imposer des connaissances, partagez votre passion sans prétention.
Découvrir les conseils de Julien Bobroff pour vulgariser auprès des jeunes.
Vulgariser auprès de vos pairs
Vulgariser pour ses pairs peut sembler paradoxal, mais cela concerne de nombreuses situations : conférences pluridisciplinaires, articles dans des revues généralistes, présentations devant des jurys de recrutement, communication sur les réseaux sociaux…
Vos collègues scientifiques attendent de la rigueur avant tout. Ils accepteront volontiers des simplifications pédagogiques, mais pas d’approximations ou d’erreurs factuelles.
Avant chaque intervention, posez-vous ces questions : quel est le niveau de connaissances de mon auditoire ? Qu’attend-il de moi ? Quelles sont ses motivations ? Ces réflexions vous guideront vers la bonne approche.
Pour vous aider voici un tableau récapitulatif qui croise publics, attentes, canaux de communication et tons à adopter :
| Public | Attentes | Canaux recommandés | Ton à adopter |
|---|---|---|---|
| Jeunes (15-24 ans) | Surprise, authenticité, interaction | TikTok, Instagram, YouTube, podcasts, interventions scolaires | Enthousiaste, décomplexé |
| Grand public | Comprendre en quoi ça les concerne, être captivé | Médias traditionnels, festivals, YouTube, podcasts, conférences | Pédagogique, accessible |
| Journalistes | Clarté, rapidité, disponibilité | TV, radio, presse écrite, podcasts d’actualité | Concis, vivant et imagé |
| Décideurs / Financeurs | Impact, applications concrètes, ROI | Pitch, dossiers, LinkedIn, presse spécialisée | Orienté résultats, stratégique |
| Scientifiques | Rigueur, précision, nuance | Conférences, articles de vulgarisation, podcasts scientifiques, LinkedIn | Précis, rigoureux |
Se former à la vulgarisation scientifique
Pour développer vos compétences en vulgarisation, Agent Majeur propose plusieurs formations et un livre.
Les formations d’Agent Majeur
Vulgariser au bon niveau à l’oral
Comment simplifier des notions complexes ? Cette formation de référence vous apprend à vulgariser vos travaux en vous adaptant à tous les publics. Au programme : découverte des 6C de la vulgarisation, exercices pratiques et mises en situation.
Vulgariser à l’oral et à l’écrit
Maîtrisez les techniques de vulgarisation et appliquez-les aussi bien lorsque vous rédigez ou prenez la parole en public : présentations, articles, rapports…
Rédiger un article de vulgarisation scientifique
Une formation pour vous familiariser avec les codes de l’écriture journalistique et mettre vos propres écrits à l’épreuve de la vulgarisation.
E-learning sur la vulgarisation scientifique
Suivez une formation 100% en ligne pour apprendre à votre rythme les fondamentaux de la vulgarisation. Idéal pour acquérir les bases et réaliser des exercices en toute autonomie.
Un livre sur la vulgarisation scientifique
Alexia Youknovsky, CEO d’Agent Majeur, a condensé son expertise en vulgarisation scientifique dans un ouvrage de référence : « Vulgariser pour mieux communiquer » (éditions Dunod). Le livre explore les raisons de vulgariser, les techniques pour y parvenir (notamment les 6C), et les différents supports sur lesquels vulgariser : articles, conférences, vidéos, événements… Ponctué d’exemples, ce livre est un guide pratique pour une application immédiate à vos communications.
Conclusion : devenez un vulgarisateur incontournable
Les excellents vulgarisateurs ont un point commun avec les acteurs. Quand ils maîtrisent parfaitement leur intervention, on dirait que celle-ci leur est venue naturellement, sans préparation. Pourtant, la vulgarisation scientifique n’est pas un don inné : c’est une compétence qui se développe avec de la méthode, de la pratique et de l’accompagnement.
Pour échanger sur vos besoins en formation ou accompagnement à la vulgarisation scientifique :
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