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Médiation et vulgarisation : définitions

Comment distinguer les termes « communication scientifique », « vulgarisation scientifique » et « médiation scientifique » ? Utilisés pour décrire la transmission de connaissances scientifiques, ils recouvrent des réalités différentes. Pour clarifier les choses, Agent Majeur a interviewé deux experts dans ce domaine : Marie-Noëlle Schurmans, professeure à l’Université de Genève et spécialiste de la sociologie de la connaissance, et Richard-Emmanuel Eastes, chercheur associé au Laboratoire de Didactique et d'Epistémologie des Sciences (Université de Genève) et ancien directeur de l’Espace des Sciences Pierre-Gilles de Gennes.   

Qu'évoque pour vous le terme de « communication scientifique » ?  

Marie-Noëlle Schurmans : Si on se place sous l'angle du développement des sciences sociales, comme la sociologie, le terme « communication scientifique » s’intéresse plutôt à la cible de cette communication. Celle-ci n’est pas uniquement constituée de pairs et d’ingénieurs. La communication prend donc une double utilité, à la fois scientifique mais aussi sociale, bien plus vaste.

Richard-Emmanuel Eastes : Personnellement, l’expression que je préfère utiliser vient de l’anglais et peut se traduire par « communication publique de la science ». Pour moi, elle englobe tout, y compris le film Jurassic Park, qui participe à la communication de la science auprès du grand public. D’ailleurs, il a sans doute contribué à créer des vocations, peut-être même davantage que bien des conférences de biologistes.

En quoi la vulgarisation se distingue-t-elle de la médiation scientifique ?

REE : Le grand domaine de la communication scientifique peut se diviser en deux champs qui diffèrent par la posture du communiquant : d’un côté, la « vulgarisation », qui a une dimension explicative, de l’autre, la « médiation » qui est implicative.

La vulgarisation, c’est un sachant qui explique à un non-sachant. Elle n’exclut pas nécessairement l’échange, mais dans la vulgarisation, on n’implique pas le public dans le choix des questions de recherche, quand bien même sa vie se trouvera sans doute modifiée par les résultats et les produits de ces recherches. Or, lors de ces conférences de vulgarisation, on s'aperçoit que le public veut donner son avis ; non pas un avis scientifique, mais un avis citoyen, politique.

MNS : La médiation est à rapprocher de la traduction, qui introduit l’idée d’une différence de langage sans impliquer de hiérarchie. Le médiateur a fonction d’interprète. Traduction et interprétation se pensent ensemble car pour traduire, il faut interpréter en respectant la sensibilité et l’originalité d’une autre langue.

REE: La médiation permet la circulation continue des échanges entre citoyens et scientifiques, où chacun se nourrit de l'autre. Et de ces échanges peut naître le besoin de connaissances pour éclairer des arguments. D’ailleurs, les jeux de discussion sont très importants. Ils permettent de préciser notre propre opinion et de comprendre pourquoi les autres ont la leur. La médiation sert donc à créer du lien social et génère de l'empowerment. C'est un outil social très puissant.

Y a-t-il, selon vous, une connotation négative dans le terme « vulgarisation scientifique » ? Est-ce une question de mode ? 

MNS : Le terme de vulgarisation est connoté négativement parce qu’il renvoie à la racine latine vulgus et implique, de ce fait, l’idée de « rendre vulgaire ». Le terme introduit donc une hiérarchisation ente les savoirs savants et les savoirs profanes ou populaires, les premiers étant chargés d’une distinction qui manquerait aux seconds. Il est à noter qu’en anglais, ce terme est plutôt traduit par celui de popularization (ou popular scientific information). Bien qu’il contienne lui aussi l’idée de hiérarchisation des savoirs, il se trouve cependant moins connoté.

REE : Il faut se méfier des arguments d'autorité. La vulgarisation est une démarche à sens unique. Le citoyen est en bout de chaîne, on lui explique ce qui a été fait, une fois les budgets votés et dépensés. Or, on n'a pas besoin d'être spécialiste d'un domaine pour avoir une opinion dessus : les OGM, les nano-technologies, les recherches sur les embryons… 

Si l’on se réfère à l’histoire des sciences, il y a toujours eu des questions socialement vives. Le gaz de ville au XIXème siècle a déchaîné les passions. La fabrique des tissus, de par la pollution qu'elle engendre, a aussi provoqué des tensions. De nos jours, selon moi, au-delà de la culture en sciences, il est important de donner une culture de sciences (hypothèse, réfutation …).

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