Rédiger un article scientifique :
7 conseils à suivre

Vous avez travaillé d’arrache-pied des mois, voire des années, sur un projet de recherche. À présent, vous avez décidé de publier votre travail. Le moment est venu de se poser et de rassembler tous vos résultats dans une publication à destination de la communauté scientifique internationale. Un défi impressionnant… Pour vous accompagner dans cette tâche, voici 7 recommandations pour rédiger un article scientifique. 

Rédiger un article scientifique

Rédiger un article scientifique est un exercice que tout chercheur doit maitriser. L’expression « Publish or Perish » est là pour en attester. Publier vous donne accès à divers financements : bourses, subventions, prix… Pour votre carrière, la publication d’articles scientifiques constitue également une vitrine vis-à-vis de la communauté scientifique. Or, de nombreux chercheurs éprouvent des difficultés à coucher sur papier leurs travaux. C’est la raison pour laquelle nous avons regroupé 7 conseils à suivre pour rédiger vos articles scientifiques.

1/ Développer votre article autour d’un message clé

Commençons par le commencement. Les meilleurs articles scientifiques sont construits autour du message à faire passer aux lecteurs. C’est le nerf de la guerre ! Si le comité de rédaction de la revue ne comprend pas le caractère novateur de vos résultats, car l’article est mal structuré ou mal écrit, alors votre article ne sera pas publié, même si votre travail est révolutionnaire. Il faut donc définir votre message principal et le garder à l’esprit pendant tout le travail de rédaction.

Votre contribution scientifique doit être claire comme l’eau de roche. C’est ce message qui vous servira de fil conducteur. Depuis votre titre jusqu’à votre conclusion, vous devez répondre à la question : « Pourquoi cette étude scientifique est-elle importante ? ».

Pour ce faire, il faudra veiller à contextualiser l’étude et expliquer ses enjeux dans le résumé, l’introduction et la discussion/conclusion. Poser des problématiques claires, décrire en détail vos méthodes et mettre l’accent sur vos principaux résultats permettra aux lecteurs de comprendre facilement votre travail et d’évaluer sa qualité. En somme, votre message doit communiquer la pertinence de votre étude, son originalité et sa fiabilité.

2/ Structurer vos idées et organiser vos contenus

Deuxième étape : identifier le contenu qui figurera dans votre article scientifique. Afin d’augmenter ses chances de publication et éviter de perdre du temps à modifier l’article pour un éditeur, il vaut mieux cibler la revue à laquelle on compte le soumettre dès le départ.

Pour répondre aux attentes du journal, consulter les directives aux auteurs disponibles sur les sites internet des éditeurs (guidelines for authors) est indispensable. En effet, en fonction de la revue visée, la structure de l’article, sa longueur ou encore les règles d’écriture peuvent varier. La plupart du temps, vous devez vous attendre à utiliser la trame suivante :

  • Titre,
  • Résumé,
  • Introduction,
  • Méthodes
  • Résultats,
  • Discussion (et/ou conclusion).

Cependant, l’ordre de ces sections peut dépendre des revues. Par exemple, certaines vous demandent de détailler vos méthodes dans le corps de l’article, quand d’autres exigent de les mettre à la fin. Par ailleurs, de nouvelles rubriques font leur apparition à la demande des éditeurs. De nos jours, il ne s’agit plus seulement de faire un résumé (abstract) pour présenter une vue d’ensemble de l’article. Vous devrez peut-être mettre en avant votre contribution scientifique en une seule phrase (teaser), avec des points clés (highlights), ou à l’aide d’une illustration scientifique (graphical abstract).

Avant de vous lancer dans la rédaction, il est indispensable d’élaborer un plan pour structurer vos idées. Certains auteurs préfèrent le définir dans le détail avant d’entamer la phase de rédaction, alors que d’autres n’en font qu’une esquisse. Ainsi, Dr. Emily Burns, spécialiste de la communication des sciences, vous conseille de « créer en premier lieu la trame de l’article scientifique, avant de vous y plonger ». Elle recommande en second lieu de « planifier distinctement les sections avec des éléments clés et schémas, ce qui simplifiera la construction de votre récit sans y passer des heures. »

En résumé, commencez par lister les résultats clés de vos travaux. Sélectionnez les figures, schémas et tableaux qui illustrent chacun de ces résultats. Vous avez ainsi une trame pour la rédaction de votre article.

Sachez que le temps passé à réfléchir sur cette trame n’est jamais perdu. L’écrivain Randy Ingermanson dit qu’avoir un plan -même flou- est crucial. Il se réfère à ce qu’il appelle la méthode du flocon de neige. Elle consiste à élaborer un plan simple tout en laissant suffisamment de marge pour que votre texte évolue au fur et à mesure de la phase d’écriture. Cette méthode, initialement décrite pour des romans, s’applique parfaitement à la rédaction d’articles scientifiques. Bon nombre des meilleures idées voient le jour lorsque la plume touche le papier !

3/ Rédiger dans le bon ordre

Votre message principal est clair et vos résultats sont organisés selon un plan logique ? Ne vous précipitez pas sur l’introduction. Il y a en effet un ordre à respecter pour faciliter la rédaction.

La description des éléments graphiques (figures, tableaux, schémas, images)

Le but est d’écrire une description concise de chaque illustration, qui servira de guide au lecteur pour comprendre les données. N’oubliez pas les légendes des figures et les notes de bas de tableaux. Cet exercice doit vous permettre de rassembler toutes les figures nécessaires et suffisantes pour illustrer les données qui supportent vos conclusions.

La section méthodologies

Cette section doit inclure les différents matériels et méthodes utilisés pour générer les données présentées dans l’article. La rédaction doit être très factuelle et assez précise pour permettre au lecteur d’évaluer la méthodologie, et de reproduire les résultats. Ce n’est pas la partie la plus fun à rédiger, mais elle est importante. Abordez-la comme une étape obligée qui entraîne votre plume.

Les résultats

Il s’agit maintenant de trier les données les plus pertinentes par rapport à l’objectif de l’article. Parmi les figures sélectionnées, certaines iront en données supplémentaires, d’autres seront peut-être inutiles ou hors sujet. Restez fixé sur votre objectif pour ne présenter que les données nécessaires. Décrivez-les de façon factuelle, sans interprétation.

La discussion et la conclusion

C’est dans cette section que vous proposerez une interprétation des données présentées et la pertinence des résultats vis-à-vis de votre hypothèse de recherche. La discussion doit être un résumé des résultats les plus importants, que vous mettrez en perspective des travaux existants. Pensez à préciser les limites de l’étude et les raisons pour lesquelles vos données et les précédentes vous mènent à votre conclusion.

Ces éléments clés de la discussion doivent être aussi clairs que les méthodes et résultats. Or, c’est souvent là que pèchent les articles scientifiques. Prenez le temps de les recenser avec vos coauteurs avant de rédiger, puis restez particulièrement vigilant au moment des phases de réécriture. Enfin, mettez en avant la portée de votre étude et son caractère novateur.

L’introduction

C’est le moment de prendre du recul et de situer vos travaux dans leur contexte. Vous décrirez la problématique, l’état de l’art des connaissances, votre hypothèse de travail, l’objectif de l’article et sa contribution attendue. Cette mise en contexte doit s’appuyer sur une analyse exhaustive de la littérature. Attention à limiter vos références bibliographiques aux travaux les plus pertinents par rapport à vos propres travaux.

Le résumé

C’est l’argumentaire de vente de votre article. C’est lui qui donne envie aux éditeurs, relecteurs et chercheurs de lire vos travaux. Il doit décrire le problème que vous abordez, son importance, la façon dont vous l’abordez et l’impact de vos résultats. Il doit inclure toutes les données quantitatives clés.

Le titre

La fonction du titre est de concentrer l’essentiel de votre article en quelques mots. C’est pourquoi il faut le rédiger une fois l’article terminé. Il doit contenir les mots-clés principaux. Soignez-le.

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4/ Cibler vos lecteurs

Avec un article scientifique, votre objectif n’est pas uniquement de publier vos résultats. Vous voulez également que d’autres chercheurs vous lisent et, de préférence, qu’ils exploitent l’information que vous avez partagée. Aussi, privilégiez la clarté pour que vos lecteurs comprennent le contexte de votre travail, ce en quoi il consiste et votre interprétation des résultats.

Comme vous vous adressez à vos pairs, experts du sujet, donnez-leur suffisamment d’informations pour que votre projet de recherche soit compris, sans pour autant reprendre tout l’historique. Vous pouvez également diviser votre lectorat en types de chercheurs susceptibles d’être intéressés. Si vos travaux couvrent plusieurs domaines, par exemple physique et psychiatrie, il vous faudra faire preuve de davantage de pédagogie envers chacun de ces professionnels.

Comme nous l’expliquons pendant nos formations à la rédaction d’article scientifique, vous devriez toujours donner plus d’explications que vous ne l’estimez nécessaire pour un expert. D’une part, les experts ne sont pas vexés s’ils lisent des explications de qualité sur des sujets déjà connus. D’autre part, rien ne dit qu’ils seront experts de votre sujet précis. Pour autant, contrairement à la rédaction d’un mémoire de thèse ou d’un rapport, vous devez rester succinct.

5/ Combattre les pannes d’écriture

Nous avons tous, un jour ou l’autre, été confrontés au syndrome de la page blanche, incapables de formaliser à l’écrit nos pensées. Hélas, il n’existe pas de solution miracle pour surmonter cette difficulté. Car nous avons besoin d’espace mental pour être capables d’écrire. Les mots ne sortiront pas si notre cerveau est saturé.

Face à un blocage, essayez de réaliser quelques tâches simples sur votre to-do-list ou sortez pour une promenade. Une autre technique consiste à ranger son bureau ou sa maison, ce qui aide à clarifier son esprit avant d’écrire.

Si, malgré tout, vous restez bloqué, vous pouvez essayer la méthode dite de l’écriture libre. Le processus est simple : fixez-vous des plages de temps de 10 à 20 minutes. Choisissez alors une section de votre article scientifique avec pour seul objectif d’écrire sur cette section pendant le créneau alloué. Ne vous préoccupez pas des fautes d’orthographe, de la structure des phrases ou de la grammaire. Contentez-vous de rédiger tout ce que vous pouvez, en évitant toute distraction. Produisez sans vous juger et focalisez-vous sur les idées qui s’enchaînent. Une fois le temps écoulé, levez-vous pour faire une pause loin de votre bureau. Puis, quand vous êtes prêt, reprenez votre texte.

La plupart des articles scientifiques seront rédigés en anglais. Or il n’est pas toujours facile de formuler d’emblée ses idées dans la langue de Shakespeare ! Il est possible d’utiliser l’écriture libre pour rédiger deux brouillons, l’un en français et l’autre en anglais. Ensuite, combinez le meilleur des deux textes pour avancer.

6/ Savoir se corriger

Pendant la phase de rédaction, évitez de vous corriger. Écrivez en laissant libre cours à votre plume. Après cette phase de rédaction, place à la relecture et à la correction. À l’instar de Boileau,

Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage,
Polissez-le sans cesse, et le repolissez,
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

Relire est important, mais que faut-il donc corriger ? Pour les articles scientifiques, privilégiez la lisibilité. Personne ne s’attend à ce que vous écriviez comme Victor Hugo ou Charles Dickens. Plus votre écriture sera simple, plus elle sera efficace, car le texte sera clair et agréable à lire. Ne mettez pas plus d’une idée par phrase. Et, efforcez-vous de ne pas faire des phrases de plus de 15 mots en moyenne. Cela évitera à vos lecteurs d’être submergés d’informations.

Veillez aussi au langage que vous utilisez. Repérez chaque mot de plus de quatre syllabes. Pouvez-vous le remplacer par des mots plus simples ? Il n’est pas question ici de substituer des termes scientifiques ou techniques spécifiques à vos recherches, par des mots du langage courant. Pour autant, limitez le jargon, afin de fluidifier votre texte.

Enfin, « last but not least », vérifiez la cohérence du document pour l’orthographe des mots, le style de référencement, le choix de l’anglais (anglais ou américain), l’utilisation d’abréviations, pour n’en citer que quelques-uns. Tous ces détails comptent énormément car vous êtes tenu de montrer une rigueur irréprochable tant sur le fond que sur la forme !

Bien entendu, faites de votre mieux pour peaufiner votre article scientifique, mais gardez en tête que la première version ne sera pas parfaite. De nombreuses relectures et réécritures seront nécessaires et cela est tout à fait normal ! Même une fois l’article soumis, vous devrez encore modifier le texte plusieurs fois, en tenant compte des commentaires du comité éditorial et des reviewers. Vos lecteurs ne connaîtront que la version finalisée de votre article.

7/ Ne négligez pas la lettre à l’éditeur

Une fois l’article rédigé, le moment est venu de le soumettre à la revue. Un dernier conseil toutefois : ne négligez pas la rédaction de votre lettre à l’éditeur (cover letter). Cette première prise de contact avec le journal permet de présenter votre travail. Mais pas seulement : cette lettre vous donne également l’occasion de convaincre le comité éditorial que votre article scientifique a sa place dans le journal ciblé.

Et puis, n’hésitez pas à argumenter pour justifier la pertinence de votre article dans ladite revue en tenant compte du contexte actuel. Par exemple, vous pourriez constater un manque de publications sur votre sujet dans cette éminente revue en dépit de l’importance que ces problématiques ont pour la communauté scientifique en ce moment. Ainsi, vous donnerez à votre article scientifique les meilleures chances de rencontrer ses futurs lecteurs.

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2023-05-24T12:32:13+02:00

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