Vulgarisation et cinéma :
le duo gagnant

Professeur à l’Université François Rabelais de Tours, Daniel Tron est aussi chercheur en littérature et cinéma de science-fiction. Début 2016, il a participé à la Journée Sciences & Médias, au cours de laquelle il a défendu le rôle du cinéma de science-fiction dans l’éveil des jeunes à la science. Peut-on faire du cinéma un support de vulgarisation ? Quels en sont les avantages et les difficultés ? Daniel Tron répond à nos questions.

Le cinéma peut-il susciter l’intérêt pour la science ?

Oui. D’ailleurs, la science-fiction, lorsque qu’elle a été définie pour la première fois par Hugo Gernsback puis John Campbell, avait déjà pour ambition d’étendre la culture scientifique du public et de susciter l’intérêt pour les carrières d’ingénieurs et de chercheurs. Et le cinéma est un médium beaucoup plus grand public que la littérature.

Le cinéma peut-il servir de support à la vulgarisation scientifique ?

Oui, clairement. Prenons Interstellar, par exemple. Ce film aborde des notions de physique et de relativité, de distorsion de l’espace-temps aux abords d’un trou noir. Pour expliquer ces idées, un personnage du film réalise un schéma sur un tableau blanc avec une planète, la trajectoire du vaisseau… Cette pratique est d’ailleurs assez répandue dans les films depuis les années 1950. Le film devient alors le lieu d’une création graphique à partir de théories scientifiques. C’est là une spécialité de la science-fiction : mettre un humain dans une situation aux limites de la science et dont on ne pourrait pas faire l’expérience.

Quels critères un film doit-il remplir pour devenir un outil de vulgarisation ?

Ce n’est pas une question de critères, car on peut construire une réflexion intéressante sur la base d’un scénario totalement absurde ! Prenez le dernier Star Wars par exemple. Pour franchir le bouclier qui protège une planète, un personnage du film traverse l’épaisseur de l’atmosphère à une vitesse de 300 000 km/s, ce qui est scientifiquement peu crédible sans parler de la planète qui aspire son étoile. Mais décortiquer cette scène peut servir de prétexte à aborder des notions de physique comme la vitesse de la lumière, l’inertie, la formation des planètes, les ordres de grandeur… C’est d’ailleurs ce que fait Roland Lehoucq dans son livre Faire des sciences avec Star Wars.

Le cinéma est-il un support adapté à l’enseignement des sciences ?

Complètement, car les images permettent d’introduire l’état des sciences mais aussi tout le processus d’expérience et d’hypothèse. Le système éducatif a tendance à pousser les élèves vers l’abstraction, sans prendre le temps de passer par l’imaginaire ou la projection dans l’avenir. Pourtant, l’enseignement des sciences est beaucoup plus efficace quand on arrive à l’associer à des images et raccrocher des outils à leurs applications concrètes ou au moins imaginables. Lorsqu’un enseignant passe un film, il concentre l’attention du groupe, il apporte quelque chose de ludique. Ensuite, il peut amener les élèves à réfléchir sur ce qu’ils ont vu, distinguer ce qui est de l’ordre de la fiction et de la science. Réussir à faire émerger spontanément ces questions-là, rendre les élèves curieux, c’est déjà une petite victoire !

Comment réagissent les étudiants face à ces films ?

Certains rentrent tout de suite dans le jeu, alors que d’autres ont besoin d’explications pour s’y intéresser. Le réflexe psychologique de nombreux spectateurs est de passer en mode « loisir » devant un film. Il faut réussir à les rendre actifs, les aider à développer leur raisonnement, à faire le lien entre ce qu’ils regardent et ce qu’ils connaissent. C’est une véritable démarche d’analyse et de réflexion face à une énigme.

L’usage de films est-il adapté au système éducatif français ?

D’une manière générale, le grand défaut de notre système éducatif est d’estimer que tout ce qui n’est pas de l’ordre de la connaissance est une perte de temps. Dans toutes les disciplines, il existe une pression poussant les enseignants à boucler leur programme avant la fin de l’année. Je pense qu’ils devraient passer plus de temps à illustrer ce qu’ils enseignent, pour en faire ressortir l’intérêt. Sinon, les élèves ne comprennent pas pourquoi on leur fait apprendre ces notions, à quoi cela va leur servir, et finissent par décrocher. Le cinéma attire naturellement les jeunes et c’est un tort de ne pas l’exploiter davantage !

Avez-vous déjà mesuré l’écart entre la réalité et les représentations scientifiques au grand écran ? Agent Majeur vous propose un quiz pour tester vos connaissances sur la science et le cinéma.

1. Seul sur Mars (Ridley Scott, 2015)
Le coucher du soleil est-il rouge sur Mars, de même que sur Terre ?
A. Oui
B. Non

2. Inception (Christopher Nolan, 2010)
Est-il possible de prendre conscience de ses rêves et de les contrôler ?
A. Oui
B. Non

3. Jurassic World (Colin Trevorrow, 2015)
Peut-on faire renaître une espèce disparue à partir d’ADN fossile ?
A. Oui
B. Non

4. Star Wars : Le réveil de la Force (JJ Abrams, 2015)
Une structure inspirée de la Starkiller Base pourrait-elle être conçue un jour ?
A. Oui
B. Non

5. Maj est la mascotte d’Agent Majeur
De quel film est tiré ce personnage ? 
A. Les indestructibles
B. Moi, moche et méchant

Réponses :

1. B. Non, sur Mars, le coucher du soleil n’est pas rouge, mais bleu, en raison de la taille très fine des particules de poussière présentes dans l’atmosphère. Pour en savoir plus, consultez l’article Mars : Curiosity photographie un coucher de soleil… bleu ou la vidéo Curiosity capture des images étonnantes d’un coucher de soleil sur Mars.

2. A. Oui, certaines personnes font des « rêves lucides » : elles sont conscientes qu’elles rêvent et peuvent même maîtriser leurs gestes. Pour en savoir plus sur les rêves lucides, consultez l’article Pourquoi certains arrivent à contrôler leurs rêves (et d’autres non) et les vidéos suivantes : Le top 5 des faits impressionnants sur les rêves lucides et Lucid dreaming: Tim Post at TEDxTwenteU.

3. A. Oui, il est possible de ressusciter certaines espèces, tant qu’il y a assez d’ADN viable à séquencer. En revanche, faire revivre des dinosaures comme dans Jurassic World est impossible, car leur ADN a trop été dégradé avec le temps. Pour en savoir plus sur le clonage d’espèces disparues, consultez l’article La science derrière Jurassic World et les vidéos suivantes : Can we resurrect the Dinosaurs? Neanderthal man? et What is a fosile ?.

4. B. Non, il est a priori impossible de créer une structure comme la Starkiller Base. La tranchée qui abrite l’arme sur 240 km de profondeur, génère une forte pression qui empêcherait tout être humain d’y résider et de construire l’arme. Néanmoins, un robot pourrait-il un jour travailler dans ces conditions extrêmes ? Mystère… Pour en savoir plus sur la Star Killer Base, consultez les articles The scientific implausibility of Starkiller Base et Force Awakens’ Starkiller would actually fling everyone into space, ainsi que la vidéo How does Starkiller Base work?.

5. B. Maj est inspiré du Professeur Nefario, sorte de savant fou apparaissant à la fois dans Moi, moche et méchant et Les minions. Pour en savoir plus sur le Professeur Nefario, consultez la Fiche du Professeur Nefario et un Extrait de Moi, moche et méchant. Pour en savoir plus sur Agent Majeur, vous êtes sur le bon site !

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2019-06-28T16:50:17+00:00

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