Vulgarisation scientifique :
astuces

En tant que lecteur, vous avez sans doute déjà eu entre les mains un rapport si complexe que vous aviez envie de le refermer après en avoir survolé quelques pages. En tant qu’orateur, vous avez peut-être fait face au regard lointain d’un auditoire que vous aviez perdu. C’est bien connu, un communicant doit s’adapter à son public. Et quand celui-ci n’a pas le même niveau de connaissances que lui, il doit faire de la vulgarisation scientifique. Le célèbre généticien français Albert Jacquard est à l’origine d’une formule très amusante à ce sujet : C’est un défaut français de dire « Personne ne me comprend, donc je suis plus intelligent que les autres. ». Je crois qu’au contraire il faut dire : « Si personne ne me comprend, c’est que je me suis mal exprimé. » Dans cet article, découvrez 3 outils pour vulgariser vos propos.

Vulgariser, c’est rendre simples des notions complexes. C’est un exercice difficile, parce qu’il demande de prendre du recul par rapport à sa discipline. Et parce qu’évaluer le niveau de connaissances de son public n’est pas aisé. Les anglophones parlent du « curse of knowledge », que l’on peut traduire, en français, par la malédiction du savoir. Le principe est le suivant : une personne connaissant bien un sujet rencontre de grandes difficultés à se mettre à la place d’un néophyte. En gros, un orateur ou un rédacteur pense que son auditoire est familier du sujet qu’il évoque… alors qu’il ne l’est pas. Il surestime sa capacité à le comprendre. Aussi, jusqu’où aller dans la simplification ?

Au travers de nos expériences de formation à la vulgarisation scientifique, nous avons appris la chose suivante : rares sont les communicants qui vulgarisent trop. En général, ils ne réalisent pas à quel point leur sujet d’expertise est loin de leur public. A l’oral, le résultat pourra se lire sur les yeux égarés – voire endormis – de leur auditoire. A l’écrit, les rapports et autres notes trop techniques finiront dans une corbeille à papier.

Puisque chacun d’entre nous écrit pour être lu et parle pour être écouté, nous avons décidé de vous dévoiler quelques astuces de vulgarisation scientifique. Concrètement, comment s’y prendre pour rendre vos propos accessibles ? Plusieurs outils sont à votre disposition. Dans cet article, nous nous intéresserons à trois d’entre eux :

1.  Replacer votre travail dans son contexte

Votre travail s’intègre à un contexte qu’il convient d’éclaircir : enjeux scientifiques, sociaux, économiques, voire culturels. Prenons un exemple dans le domaine médical. Un chercheur a réalisé une prothèse avec capteurs électroniques intégrés. Son innovation permet au patient de recueillir lui-même, depuis son domicile, des données sur l’état de la prothèse.

Le chercheur, afin de nous aider à mieux comprendre la portée de son innovation, aura intérêt à nous indiquer combien de patients peuvent être concernés chaque année ou quelles économies ce dispositif pourra permettre de réaliser sur le budget de la Sécurité Sociale.

2.  Faire un lien entre votre discipline et votre public

Votre auditoire ne se rend pas toujours compte de la proximité entre ses problématiques et votre travail de scientifique. Aussi, expliquez-lui quelles applications il pourra avoir dans son quotidien, demain ou dans 10 ans.

Imaginons que vous ayez à faire un discours de vulgarisation scientifique sur la sécurité des données informatiques devant un public d’étudiants néophytes. Vous pourriez commencer votre intervention en leur demandant : « Qui, parmi vous, utilise Facebook ? ». Laissez-leur le temps de lever la main puis enchaînez : « Qui réalise parfois des achats sur Internet ? ». Deuxième temps de silence pour les laisser s’exprimer. Votre pari est gagné : ils se sentent désormais concernés par votre sujet. Ils sont prêts à vous écouter avec attention.

3.  Manier analogies et métaphores

Faire appel à des analogies et des métaphores est très utile quand on fait de la vulgarisation scientifique. L’idée est de rapprocher un terme simple d’un terme plus complexe pour faciliter sa compréhension. Prenons une analogie d’un célèbre physicien, Otto Frisch : « Si un atome était agrandi jusqu’à la taille d’un bus, le noyau serait comme le point sur ce i. ». Cette comparaison éclaire une notion pas facile à transmettre : l’infiniment petit.

Autre exemple : une métaphore de Jacques-Marie Bardintzeff, célèbre volcanologue et excellent vulgarisateur. « Les volcans sont comme les êtres humains, ils sont tous pareils mais tous différents. Nous les humains, on se ressemble ; mais on a chacun notre caractère. Les volcans, c’est pareil. D’où l’intérêt de leur étude ». Plus loin dans sa présentation, le chercheur évoque même des « volcans paresseux ». Une métaphore peut donc être filée et vous accompagner tout au long de votre présentation.

Maintenant, c’est à vous de jouer. Appliquez ces outils à votre propre sujet d’expertise et voyez comment votre public réagit. Une chose est certaine : votre investissement sera rentabilisé. Car la pratique de la vulgarisation scientifique est source d’enrichissement pour celui qui écoute, autant que pour celui qui parle ! Penser ses travaux de recherche autrement, les décortiquer pour mieux les expliquer permet de prendre du recul. Et fort de ce nouveau regard, vous serez peut-être à même d’explorer des voies inattendues…

Pour recevoir les nouveaux articles publiés sur ce blog, vous pouvez vous abonner à notre mailing-list et nous suivre sur les réseaux sociaux : Twitter, Facebook et LinkedIn.

> Vulgarisation scientifique

> Prise de parole en public

> Communication écrite

Sur le même thème

2019-05-20T17:25:14+00:00

About the Author: