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Vulgarisation : du blogueur au youtubeur

© Leo Grasset, Dirty Biology

Pendant une dizaine d'années, les blogs scientifiques ont proliféré sur la toile. Et plus précisément les blogs de vulgarisation scientifique. Mais récemment, un nouveau phénomène a explosé : l'émergence de vidéastes vulgarisateurs (vloggers), plus connus sous le nom de youtubeurs. Analyse des mutations dans les modes d’expression de la vulgarisation scientifique. 

2014 semble avoir été une année charnière dans la bascule de l'écrit vers l'image. Ces trois dernières années en effet, les chaînes consacrées à la science sur YouTube se sont multipliées. Dans le même temps, certains blogs qui faisaient partie du paysage web ont disparu : le célèbre Alexandre Moatti a par exemple cessé de publier des billets sur son blog maths-et-physique.net en 2014. Il a préféré créer sa  propre chaîne YouTube, CultureGnum, en octobre 2016.

Pourquoi un tel engouement pour la vidéo-diffusion ? Et quel sera le devenir de ce nouveau média de vulgarisation, à la croisée de la télévision et du blog ? 

Les acteurs de la vidéo-diffusion 

Les profils des acteurs de ce nouveau mode de diffusion sont variés, mais tous partagent la même passion : transmettre leur savoir. L'étude réalisée en 2016 par Tania Louis, elle-même youtubeuse (Biologie Tout Compris), nous apporte de précieuses informations sur les vidéastes vulgarisateurs, toutes disciplines confondues. Sur le panel de son étude, les ¾ des chaînes ont moins de deux ans, la moitié de ces chaînes ont moins de 1000 vues, les ¾ des vidéastes ont entre 18 et 35 ans et 50 % d'entre eux n'ont pas de situation professionnelle stable. 

Quant aux revenus générés, la moitié des cinéastes supportent le coût de leur chaîne sur leurs fonds propres, tandis que les autres perçoivent quelques subsides par la monétisation de YouTube (compter entre 60 et 80 centimes les 1000 vues) ou via un financement participatif comme Tipee. Prenons l'exemple de l'un des rares vidéastes vulgarisateurs qui gagne sa vie avec sa plateforme, Léo Grasset, le créateur de Dirty Biology. En février 2017, trois ans après son lancement, sa chaîne comptait plus de 430 000 abonnés et 20 millions de vues. Il bénéficie de dons via Tipee et arrive ainsi à la confortable situation - les bons mois - d'un Smic ! En résumé, les youtubeurs vulgarisateurs travaillent pour la gloire.

Les plus grandes chaînes francophones

Et gloire, il y a ! Dans le monde de la vloggosphère, se trouvent des stars. La Tronche en Biais a même obtenu en 2016 le prix Diderot, qui récompense les projets et les acteurs engagés dans le partage de la culture scientifique, technique et industrielle (CSTI).

Commençons par la plateforme d’agrégation Vidéosciences. Elle a été créée par un scientifique, Pierre Kerner, qui est allé chercher des blogueurs un à un pour contribuer à sa plateforme. Les vidéastes, tous de formation scientifique, généralement doctorants ou chercheurs, sans formation particulière en communication, se sont lancés dans l'aventure avec un goût prononcé pour la transmission, palliant ainsi par la passion leur manque de moyens techniques. Aujourd'hui, le nombre de vidéastes voulant rejoindre la plateforme est tel que les sujets sont désormais soumis à l'approbation de leurs pairs (ce qu'on appelle le peervideoing). Le sérieux et la véracité du savoir diffusé ne doit pas être contesté. 

Le succès ? Indéniable ! Plus de 50 millions de vues rien que pour la chaîne e-Penser de Bruce Benamran. Ce vidéaste est particulièrement célèbre auprès du grand public grâce à ses ouvrages dont le premier, Prenez le temps d'e-penser, a été vendu à plus de 80 000 exemplaires. Précurseur, il a lancé sa chaîne en 2013, à l'époque où les seules chaînes de vulgarisation étaient anglophones : Veritasium, Minute Physics, Vsauce... Bruce, ingénieur logiciel, s'est aperçu que ces chaînes manquaient en France et a décidé d'y remédier.

Une audience plutôt jeune

Il semble que le public des vidéastes soit sensiblement différent de celui des blogueurs. Plus jeune notamment. Il y a 5 ans, les enfants parlaient des programmes TV dans les cours d'écoles. Aujourd'hui, ils parlent des youtubeurs. Le public de la vulgarisation scientifique se situe dans la tranche d'âge des 18-40 ans. Balade Mentale estime que cette tranche d'âge représente 80 % de son public, 10 % pour les 13-17 ans et 10 % pour les plus de 40 ans. Les vidéastes qui visent une audience avec les connaissances scientifiques d'un niveau lycée s'en trouvent satisfaits. 

Quant au format, ce sont les vidéos courtes qui marchent le mieux. Si la vidéo dure entre 10 et 20 minutes, on est déjà sur un format long.

Un phénomène qui suscite l’engouement 

Le succès de ces vidéastes se constate, plus qu’il ne s’explique. La vulgarisation elle-même, qui passe essentiellement par l'oral, connait un engouement puissant et le mode de transmission suit cette tendance. Mais pour savoir ce qui marche, on ne peut qu'expérimenter. Ainsi, une vidéo fait plus de vues quand le vidéaste est face à l’écran. Les vidéos sur simple support visuel, sans le visage des youtubeurs, sont moins regardées.

Balade Mentale a essayé de lancer Migrator, vidéo dont vous êtes le héros. Le concept est simple : vous êtes une sterne arctique et selon vos choix, la vidéo vous emmène sur des voies différentes. Ce format, qui a fait un tabac lors d'expositions, n'a pas pris (ou pas encore ?) sur YouTube. 

Alors les blogs sont-ils en voie de disparition ? 

Le vlog a le vent en poupe, il est attrayant, perçu comme du divertissement. La vidéo est désormais incontournable sur le web. La preuve en est que YouTube est le deuxième plus grand moteur de recherche du monde derrière Google. Mais il ne faut pas enterrer le blog trop vite quand même. Une vidéo, une fois enregistrée, n'est plus vraiment modifiable, alors qu'un article de blog peut être relu, amélioré… L'investissement financier est aussi bien moindre pour un blog. Pour toutes ces raisons, les blogueurs n'ont pas dit leur dernier mot.

Le Café des Sciences (et son petit frère Strip Science), Science Etonnante, Ramène ta Science et Alterscience ne voient pas leur fréquentation baisser. Les vidéastes ont tendance à gagner un nouveau public. David Louapre le souligne dans une interview accordée à Science de Comptoir. Quand il veut approfondir un sujet abordé sur l’une de ses vidéos, il le fait sur son blog, Science Etonnante. Les deux modes de diffusion sont complémentaires à ses yeux. Mais le vlogging est un vrai phénomène de société, une réelle révolution.

Si vous voulez vous lancer dans l'aventure, vous trouverez de bons conseils sur le site de L’Express. Attention, d'après les vidéastes interviewés, pour 15 minutes de vidéo, comptez 10 heures de travail de préparation sur le sujet, 1 heure de tournage et une vingtaine d'heures de montage en moyenne ! Et puis... Ne ratez pas notre second article sur ce thème. Nous avons demandé à des vloggers de science des astuces pour bien vlogger ! 

 

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